Riposter en zone de conflit : la leçon du Nord‑Kivu et de l’Ituri
Deuxième plus grande épidémie d’Ebola de l’histoire, la flambée du Nord‑Kivu (2018‑2020) fut la première grande riposte en zone de guerre : attaques …
Par Rilwane DJIBRIL · 27 juin 2026 · 3 min de lecture
Berceau du virus et pays le plus touché au monde, la RDC a connu quinze flambées d’Ebola de 1976 à 2023. De Yambuku au Nord‑Kivu, retour sur une histoire qui a forgé une expertise mondiale.
La République démocratique du Congo occupe une place singulière dans l’histoire d’Ebola : c’est à la fois le berceau du virus et le pays le plus touché au monde. De 1976 à 2023, la RDC a connu quinze flambées de maladie à virus Ebola, soit davantage que tout autre pays. Revenir sur cette histoire, c’est comprendre pourquoi l’expertise congolaise est devenue une référence mondiale.
En 1976, une fièvre hémorragique foudroyante frappe la mission de Yambuku, dans le nord de l’actuelle province de l’Équateur (alors le Zaïre). On dénombre 318 cas et environ 280 décès, soit une létalité proche de 88 %. Le nouveau virus est baptisé d’après une rivière voisine : l’Ebola. Parmi les médecins envoyés sur place figure un jeune chercheur congolais, Jean‑Jacques Muyembe‑Tamfum, qui deviendra l’une des grandes figures mondiales de la lutte contre la maladie.
L’espèce identifiée, Zaire ebolavirus, est la plus virulente du genre. Elle sera responsable de la majorité des grandes épidémies ultérieures.
Après Yambuku, la RDC va connaître des résurgences régulières, de gravité variable, presque toujours liées à un contact initial avec la faune sauvage en zone forestière.
| Année | Lieu (province) | Cas | Décès |
|---|---|---|---|
| 1976 | Yambuku (Équateur) | 318 | ~280 |
| 1995 | Kikwit (Bandundu) | 315 | ~250 |
| 2007 | Mweka (Kasaï‑Occidental) | 264 | 187 |
| 2014 | Boende (Équateur) | 66 | 49 |
| 2018‑2020 | Nord‑Kivu / Ituri | > 3 470 | ~2 280 |
Ces cinq épisodes ne sont qu’une partie des quinze flambées recensées : d’autres, de moindre ampleur, ont touché Tandala (1977), l’Équateur (2018, 2020) et plusieurs territoires entre 2008 et 2022.
En 1995, l’épidémie de Kikwit, ville d’environ un demi‑million d’habitants, marque un tournant. Pour la première fois, Ebola frappe en milieu urbain et sous le regard des médias internationaux. Avec 315 cas et plus de 250 décès, Kikwit installe durablement Ebola dans la conscience mondiale et accélère la réflexion sur la riposte aux fièvres hémorragiques.
D’août 2018 à juin 2020, la flambée du Nord‑Kivu et de l’Ituri devient la plus grande épidémie d’Ebola de l’histoire de la RDC et la deuxième au monde, après celle d’Afrique de l’Ouest (2014‑2016). Elle cause plus de 3 470 cas et environ 2 280 décès.
Sa singularité tient au contexte : une épidémie en zone de conflit armé, avec des attaques contre les équipes et les centres de traitement, et une forte méfiance des communautés. C’est aussi la première fois qu’un vaccin et des traitements par anticorps monoclonaux sont déployés à grande échelle. En juillet 2019, l’OMS la déclare urgence de santé publique de portée internationale.
La récurrence congolaise n’est pas un hasard. Le vaste massif forestier équatorial abrite le réservoir animal présumé du virus (notamment certaines chauves‑souris), et les contacts entre l’homme et la faune sauvage y sont fréquents. Chaque flambée naît le plus souvent d’un évènement de transmission de l’animal à l’homme, avant de se propager d’humain à humain.
L’histoire d’Ebola en RDC est celle d’un pays qui, de Yambuku à aujourd’hui, a payé un lourd tribut mais a aussi accumulé un capital d’expérience unique : définitions de cas, riposte communautaire, vaccination, traitements. Cette expertise, forgée dans l’épreuve, profite désormais à la sécurité sanitaire mondiale.
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