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Riposter en zone de conflit : la leçon du Nord‑Kivu et de l’Ituri

Par Rilwane DJIBRIL · 29 juin 2026 · 3 min de lecture

Riposter en zone de conflit : la leçon du Nord‑Kivu et de l’Ituri

Deuxième plus grande épidémie d’Ebola de l’histoire, la flambée du Nord‑Kivu (2018‑2020) fut la première grande riposte en zone de guerre : attaques contre les centres de traitement, insécurité et défiance communautaire.

Combattre Ebola est déjà une gageure. Le faire au cœur d’une guerre relève de l’exploit. L’épidémie du Nord‑Kivu et de l’Ituri (2018‑2020), deuxième plus grande de l’histoire avec environ 2 280 décès, restera comme la première grande riposte menée dans une zone de conflit armé actif. Elle a révélé une vérité dérangeante : contre une épidémie, l’insécurité et la défiance peuvent peser plus lourd que le virus lui‑même.

Une épidémie dans une guerre

L’est de la RDC est ravagé par la guerre du Kivu depuis 2004, avec une multitude de groupes armés. Sur ce terrain montagneux, aux routes délabrées et parsemé de « zones rouges » inaccessibles, acheminer du matériel, vacciner et suivre les contacts devient un défi logistique permanent. Chaque interruption d’accès, c’est une chaîne de transmission qui échappe à la surveillance.

Quand la riposte devient une cible

Fait sans précédent, les structures de soins elles‑mêmes ont été attaquées. En février 2019, le centre de traitement Ebola (CTE) de Katwa est attaqué, un agent de santé est tué ; quelques jours plus tard, celui de Butembo subit le même sort, et Médecins Sans Frontières suspend ses activités. Entre février et mars 2019, une dizaine d’attaques visent les CTE, et Butembo comme Katwa connaissent alors un rebond de l’incidence. En avril 2019, un épidémiologiste de l’OMS, le Dr Richard Mouzoko, est tué lors d’une attaque à Butembo.

Lorsque les lieux censés sauver deviennent des cibles, c’est toute la riposte qui vacille.

La méfiance, autre champ de bataille

Au‑delà des armes, la riposte s’est heurtée à une profonde défiance des communautés, nourrie par des années de conflit et par des griefs politiques. L’exclusion de Beni et Butembo du scrutin présidentiel de décembre 2018, justifiée par l’épidémie, a renforcé l’idée qu’Ebola servait des intérêts cachés. Rumeurs, suspicion d’« Ebola business », résistance aux inhumations dignes et sécurisées et au suivi des contacts : la confiance est devenue le véritable déterminant du succès.

USPPI et mobilisation internationale

Devant l’aggravation, l’OMS déclare le 17 juillet 2019 une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), mobilisant la communauté mondiale. Mais aucune ressource ne compense durablement l’absence d’accès sécurisé : la sécurité est restée le facteur limitant jusqu’à la fin de l’épidémie, en juin 2020.

Les leçons d’une riposte sous tension

Défi Enseignement
Insécurité Sécuriser sans sur‑militariser, car la militarisation peut aggraver la défiance
Défiance Ancrer la riposte dans la communauté, intégrer l’anthropologie de la santé
Accès Prévoir une logistique redondante pour les zones intermittentes
Attaques Protéger les soignants, condition de toute riposte durable

Conclusion

La fin de l’épidémie du Kivu en 2020 ne doit pas tout aux outils médicaux : elle doit autant à l’engagement communautaire patiemment reconstruit. La grande leçon est que, en zone de conflit, la riposte ne se gagne pas seulement avec des vaccins et des laboratoires, mais avec la confiance et la sécurité de ceux qui soignent comme de ceux qui sont soignés.

Références

  • Organisation mondiale de la santé, Ebola virus disease – Democratic Republic of the Congo, 2018‑2020.
  • The exacerbation of Ebola outbreaks by conflict in the Democratic Republic of the Congo, PNAS.
  • Médecins Sans Frontières, communiqués sur les attaques des CTE de Katwa et Butembo (2019).

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